© François Stemmer
France

Ballet National de Marseille / Olivier Dubois

Élégie

  • Mardi 6 mai 2014  • 21h
  • Mercredi 7 mai 2014  • 21h

    MC93 – Bobigny

pièce pour 17 danseurs • 60 minutes

ENGLISH

 

“Who, if I cried out, would hear me among the Angelic Orders?” In 1923, when the Bohemian-Austrian poet Rainer Maria Rilke published Duino Elegies (which provided the inspiration for this supernatural piece), he sounded the knell of romanticism and headed for a symbolism that he intended to be lyrical but, more than anything, internal. A work about man’s place in this world that soon became a cult. […] With this “mourning song of the angel”, Olivier Dubois and the dancers of the Ballet National de Marseille offer another reminder that being human does not make Humanity. A powerful, sombre and entrancing work underpinned by the music of François Caffenne and Richard Wagner.

« Qui donc, si je criais, parmi les cohortes des anges m’entendrait ? Et l’un d’eux quand même dût-il me prendre soudain sur son cœur, ne m’évanouirais-je pas sous son existence trop forte ? » écrit Rainer Maria Rilke dans la première élégie des Élégies de Duino, texte dont s'est inspiré Olivier Dubois pour sa nouvelle pièce, créée pour le Ballet National de Marseille.

 

Et c'est effectivement cet être solitaire que le chorégraphe convoque sur scène, à demi-nu, dans un clair-obscur qui évoque les grands peintres du romantisme noir tels que Caspar Friedrich ou Goya, laissant se déployer les puissances de l'imaginaire et du songe. Confrontée aux anges ténébreux, danseurs vêtus de noir et à peine visibles, qui apparaissent et disparaissent, le menacent ou le portent, la silhouette rampe, lutte, se contorsionne, semble voler, émerge de la nuit puis y est engloutie dans des images subliminales. Dans ce tableau vivant, le mouvement est rythmé par la partition électronique sourde de François Caffenne qui mêle les bruits de la pluie et de l'orage, avant d'accorder un léger moment d'apaisement avec un extrait au piano de l'Élégie de Richard Wagner.

 

Le chorégraphe oppose ainsi l'individu à une autre force, enfer, gouffre, magma humain qu'il lui faut apprivoiser, comme la pièce l'apprivoise, habituant peu à peu les yeux à discerner les formes dans l'obscurité. L'ange des Élégies est selon Rilke le « garant du plus haut degré de réalité de l’invisible ». C'est aussi une bonne définition de la pièce d'Olivier Dubois.

 

Et lorsque la mélodie s'efface et que le noir se fait, un corps apparaît de nouveau, dans la même position qu'au début, couché à l'avant-scène. De la même façon, on ne voit que son dos. Mais cette fois c'est une femme, à demi-nue elle aussi, qui va parcourir le trajet, en miroir du premier. Même hymne à la lutte pour la vie mais tissé de sensations différentes. 

 

Traversée mélancolique et hypnotique, Olivier Dubois livre avec Élégie une pièce puissante, qui semble dire une nouvelle fois que ce qui fait l'humanité est sa capacité à se révolter, à se rebiffer, à ressusciter encore et toujours, corps dressé contre les puissances enveloppantes des ténèbres. 

Chorégraphie : Olivier Dubois
Assistant à la création : Cyril Accorsi
Musique : Élégie WWV93 en la bémol, Richard Wagner
Composition originale : François Caffenne
Création lumière : Patrick Riou
Interprétation : Ballet National de Marseille

Production : Ballet National de Marseille
Coproduction : COD/Compagnie Olivier Dubois 

Création 2013 pour le Ballet National de Marseille, dans le cadre d'Août en Danse, temps fort de Marseille-Provence 2013

 

Parcours d'Olivier Dubois

Né en 1972, Olivier Dubois se définit comme auteur plutôt que chorégraphe. L’intensité du geste et la puissance de l’engagement sur le plateau sont des éléments forts de ses créations. Il crée son premier solo Under cover en 1999. En 2005, avec Christine Corday, il propose le duo Féroces. En 2006, il crée dans le cadre du Sujet à vif Pour tout l’or du monde. Il enseigne et dirige parallèlement des ateliers à l’étranger : Opéra National de Vienne, École Nationale d’Athènes, Opéra National du Caire, Troubleyn/Jan Fabre, le Ballet Preljocaj, École des Beaux-Arts de Monaco. Il fonde, en 2007, COD (Compagnie Olivier Dubois) et reçoit la même année le prix spécial du jury du Syndicat professionnel de la critique pour son parcours d’interprète et Pour tout l'or du monde. Il crée Faune(s) autour de L'Après-midi d'un faune de Vaslav Nijinski, au Festival d'Avignon 2008, pièce pour laquelle il s’entoure de Dominique Brun, Christophe Honoré, Sophie Perez et Xavier Boussiron. Il signe, en 2009, la chorégraphie de La Périchole d'Offenbach pour les Opéra de Lille, Nantes et Limoges, dans une mise en scène de Bérangère Jannelle. Il crée la même année Révolution, pour 14 danseurs, premier volet de sa Trilogie. Suivront L’Homme de l’Atlantique (création d’après Frank Sinatra, Biennale de la danse de Lyon 2010), Rouge (2011, deuxième volet de la Trilogie) et Envers et face à tous (2011). Tragédie est créée au Festival d’Avignon 2012 avec 18 interprètes, dernier volet de Trilogie. Il crée en 2013 Élégies, avec 17 danseurs, pour le Ballet National de Marseille, dans le cadre de Marseille-Provence 2013. Sa dernière création, SOULS, chorégraphie pour six danseurs de six pays d’Afrique, est présentée en décembre 2013 au Caire. Il dirige le Centre Chorégraphique National de Roubaix Nord- Pas-de-Calais depuis janvier 2014, succédant à Carolyn Carlson. Il a été interprète, entre autres, pour Jan Fabre, Sasha Waltz, Angelin Preljocaj, Andy Degroat, Nasser Martin- Gousset, le Cirque du Soleil, Karine Saporta.

Parcours du Ballet National de Marseille

Direction artistique Emio Greco et Pieter C. Scholten
Administration générale Cornelia Albrecht
Président Gabriel Kosman

 

Fondé en 1972 par Roland Petit, le Ballet National de Marseille (BNM) fait partie des grandes compagnies de renommée internationale. Composé de 30 danseurs, réel ambassadeur culturel de la Ville de Marseille, le Ballet National de Marseille présente ses spectacles en France et dans le monde entier. Après Marie-Claude Pietragalla (1998-2004), le chorégraphe belge Frédéric Flamand prend la direction du BNM (2005-2013) et oriente son activité à travers une réelle ouverture d’esprit dépassant le clivage traditionnellement installé entre danse classique et danse contemporaine.

En février 2014, Emio Greco et Pieter C. Scholten sont nommés directeurs artistiques de la compagnie phocéenne. Leur projet pour le Ballet National de Marseille s’inscrit dans la continuité de leur ligne artistique et de leur travail avec ICKamsterdam, le centre chorégraphique d’Amsterdam dont ils sont les fondateurs. A Marseille ils mettront en œuvre un projet artistique autour de deux thématiques principales, « le corps en révolte » - sur l’expression et la présence de la danse dans la société ainsi que sur la position de l’artiste - et « le corps du Ballet » sur la recherche et le développement d’une nouvelle forme de ballet contemporain. Le Ballet National de Marseille reçoit le soutien du Ministère de la Culture et de la Communication, de la Ville de Marseille et de la Région Provence-Alpes-Côte d’Azur. Pour ses tournées et projets à l’étranger, le Ballet National de Marseille bénéficie du soutien de l’Institut français.